I n   m y   r o o m
installation vidéo, musicale et littéraire pour une femme
pièce inspirée des chambres de discussion vidéo-chat
du réseau Internet

N O T E S   D E   T R A V A I L

 
pièce 2004
 

production : not to be
le projet a obtenu l’aide à la maquette du dicream en juin 2003
le projet a donné lieu a un
work in progress in la nuit blanche 2003 à l'hôtel de la Trémoille, paris 8ème

conception, scénographie et vidéos
Agnès de Cayeux
assistante
Hélène Ducharne
auteur
Guadalupe Nettel
adaptatrice
Svetlana Doubin
partition musicale et sonore
Olivier Chauvin
système de diffusion sonore
La Kitchen, Thierry Coduys
configuration de la projection vidéo
Christophe Hubert
comédienne : en cours de distribution

téléchargement du dossier au format rtf
production
 
Dans le champ de l’expérience et éloigné de celui de la littérature, le réseau Internet dessine un territoire érotique singulier.
De la simple relation établie par l’écrit de l’e-mail entre deux personnes à celle engagée à travers les espaces de rencontre vidéo-chat des chambres de discussion, une écriture de l’intime se construit en dehors de tout cadre social ou affectif connu. Ceux qui s’y livrent déposent intuitivement les règles d’une grammaire en devenir.
Je me suis intéressée à cette syntaxe de l’échange érotique, je me suis positionnée en observatrice depuis plus d’une année, j’ai simulé des rencontres, traversé ces expériences.
 
intention
 

In my room est une pièce d'une durée de 30 minutes. Le public y circule librement.

7 TV alignées et fixées au mur diffusent les séries vidéos des hommes captés sur les chambres vidéo/chat du réseau Internet.

Une femme silencieuse est déposée sur un socle de plexiglass au centre de la pièce, elle s'auto-filme grâce à une micro-caméra sans fil fixée à sa paume. Les captations des détails de son corps et visage sont diffusées simultanément sur une surface de projection murale.
Un moniteur est déposé au sol, il diffuse des extraits passés et choisis de captations de la femme.

Le texte est enregistré, c'est un récit érotique écrit par l'écrivain Guadalupe Nettel pour le projet, il est diffusé sous un mode de spatialisation sonore à partir de 4 enceintes positionnées dans le socle de plexiglass. La voix est féminine.


Un environnement musical s'empare de l'espace sonore en écho au texte à entendre.

Une antichambre reçoit le visiteur avant son entrée dans la pièce, il y sera dépossédé de son manteau et sacs, il lui sera offert une coupe de champagne. Le visiteur pourra garder ses appareils photo et caméras, il s’emparera de traces visuelles et sonores s’il le souhaite.

dispositif
 

Sur ces espaces de rencontres, les chambres de discussion vidéo-chat du réseau Internet, je m’empare de l’image de l’autre à son insu, il devient mon sujet. Je traverse avec lui l’expérience de la rencontre. Je saisi son désir de se montrer. C’est un travail de mise en dialogue visuel qui peut parfois s’étendre sur 2 ou 3 heures, souvent nocturnes. Les séries vidéos des portraits d’hommes sont composées d’extraits choisis de ces rencontres.

Les hommes seront à regarder à travers les 7 TV accrochées au mur. Le visiteur pourra conduire son regard d'un homme à autre, d'une TV à une autre.

 
SERIES VIDEOS_HOMMES CAPTES
captation extraits_23 nov 2003_room phedra5
(...)
def04 : go to welcome(2)
imr : where ?
def04 : welcome(2)
imr : In screen ?
def04 : :)
imr : :)
imr : je te regarde
def04 : are you delha7 ?
imr : ...no
imr : I'm
imr : you ?
def04 : with you :) extract 2
def04 : more light
def04 : :)
imr : where is welcome(2) ?
def04 : come in my screen
Les discussions chat des rencontres ne sont pas utilisées pour ce projet. Il s'agit juste d'un extrait déposé ici. Les écrits qui constituent le dialogue chat entre 2 personnes sont souvent très succincts. Ils ponctuent l'échange visuel.
chat extrait_21 nov 2003_room extract 2
 
 
captation planche homme14_13 nov 2003
Auto-filmage du sujet : lui, se cadre, se met en lumière et se meut sous un mode d’auto-observation permanent. Ces mises en écran semblent longuement préparées. Ce geste m’intéresse pour son authenticité visuelle.

Les corps et les regards sont proches, la tension est omniprésente, Là où chacun peut arrêter brusquement le dialogue engagé, le risque de perdre l’autre anonyme est grand et permanent.

Le sujet décline des poses, au sens pictural du terme, capables de mener un dialogue visuel en ce territoire de l’intime. Si la pose est limitée à une syntaxe du portrait classique, certains mouvements produits naturellement - un étirement ou un passage de la main dans les cheveux - laissent apparaîtrent insidieusement d’autres parties du corps : les épaules, les bras, les mains, les aisselles, le torse. Evocation au désir charnel.
 
auto-filmage
 
 
captation planche homme24_3 nov 2003
La tension érotique présente dans ce face à face s’exerce aussi à travers l’emploi des «paused». Le sujet arrête son flux vidéo sur une image fixe, ceci inscrivant le mot paused en bas à droite de l’image. Cet arrêt du vivant du sujet peut durer quelques secondes. Ces «paused» évoquent une attente, un désir visuels soulignés par un positionnement radical du sujet en observateur ou voyeur. Le dialogue écrit via le chat ne dit d’ailleurs jamais rien de ces « paused ».
 
paused
 
 
captation planche homme1_2 nov 2003
Certains sujets s’engagent dans une mise en détail de leurs corps : un œil, une bouche, une partie du corps tatouée, une cicatrice… ou bien déclinent une action à connotation érotique. L'échange est érotique.
 
caresses visuelles
 
 
captation planche homme1_2 nov 2003

C'est la femme réelle qui sera dans la pièce in my room le passeur d'une tension érotique possible entre les séries visuelles d'hommes diffusées en cet alignement froid de TV et la projection murale de l'auto-filmage produit par la femme.

le visiteur déambule dans la pièce, il contourne la femme, s'en approche et en saisit ailleurs l'infime visuel. Le visiteur conduit son regard.

La voix féminine provient du socle sur lequel se trouve la femme. Elle offre le récit et contourne la femme. De murmures aux paroles distinctes, le visiteur est invité à conduire son écoute. Lui peut choisir de s'en éloigner.

 
LA FEMME
la femme

Figure féminine des chambres de discussion vidéo-chat du réseau Internet ou figure du modèle féminin qui inspira les peintres et sculpteurs, la femme pose, elle s’auto-filme - grâce à une micro caméra sans fil fixée sur sa paume - elle déploie une image distanciée d’elle-même.

L'auto-filmage décline implicitement l’écriture visuelle des «poses» et des «paused» empruntée aux dialogues visuels des chambres du réseau Internet. Cette femme placée sur le socle transparent se met parfois elle aussi en «paused». Elle se livre visuellement aux hommes qui l’entourent. Le visiteur regarde la femme.

 
figures
la femme

Dans la pièce In my room, le visiteur circule, murmure librement. Et certains d’entre eux en sortent aussi pour se séparer d’une coupe de verre ou se désaltérer de nouveau. La porte qui sépare l’antichambre de la pièce s’entrouvre alors parfois sur le réel. Ainsi et au service d’une dramaturgie croisant le vivant du réel à celui du virtuel - le réseau Internet - l’action du visiteur qui observe et filme ou photographie participe de la dispersion d’une temporalité à priori définie comme théâtrale. Le récit écrit par l’auteur Guadalupe Nettel pour la pièce In my room emprunte cette voie de l’éclat. Le visiteur est invité à conduire son écoute.

La pièce sera donnée successivement 3 fois pour 3 traversées distinctes de visiteurs. Parce que tout ceci est à jouer en boucle

 
 
la femme
http://www...
le site

In my room sera aussi un projet de site Internet.
In my room est aussi une revendication.

1. Une chambre de discussion vidéo-chat pour 8 personnes.
1. Désir lié à une démocratisation possible et attendue des outils de vidéo-conférence sur le réseau Internet.
2. Un salon littéraire où le récit offert en lecture textuelle inspirera la discussion.
2. Geste littéraire offert au réseau Interne, geste démuni de toute tentation éditoriale.
3. Une galerie de traces visuelles.
3. Déclaration d'amour à un réseau qui au-delà d'un espace sur- empli de sens déploie une utopie très sensée.
 
 
 

Le projet In my room cherche :

- ses co-producteurs
- ses diffuseurs
- son ingénieur réseau-flux vidéo
- un serveur "Flash Communication Server"


contact@not2be.net

 
 
Le précédent projet, le site Internet I'm just married, proposait une recherche sur un espace intime possible à offrir au réseau. La voix féminine, les textes littéraires érotiques, l'espace visuel composé de captations recadrées de films ou séries x et la navigation liée à une syntaxe des frôlements de l'écran par l'internaute combinaient une proposition monologiste. Le réseau Internet offre à cette pièce numérique un simple support de diffusion. J'ai choisi pour In my room de proposer deux objets. La pièce, un espace onirique - une transposition d'une chambre de rencontres du web. Le site, un espace de dialogue visuel - une reconstitution réelle d'une chambre de rencontres. Le réseau joue son propre rôle à travers ce choix. Si les flux de données sont prétextes à la constitution d'une matière visuelle pour le premier objet, ils sont acteurs de l'objet en cours, ce dialogue visuel, pour le second objet. Le réseau n'est plus un simple support de diffusion mais un passeur de données.
 
Quel est ce putain de réseau où le marchand et le pornographique signent une incontestable fracture des sens ? A quelle accoutumance sommes-nous liés ? Pourquoi résistons-nous ? Trop d'images certainement, de textes, de données. Trop de sens. Qui nous soignera ? Et de quels maux d'ailleurs ? De quelques chagrins de réseau ? Pourquoi les corps peuvent-ils s'y donner ? De quel désir s'agit-il ici ? Et les mots, eux, peuvent-ils réellement s'y écrire ? Quels liens nous unissent et éloignent ? De quelle nature sont-ils ?.
 
Dire la tension érotique du réseau, c'est dire le réseau. L'encre du livre ne s'efface pas. Le téléphone retransmet fidèlement la prosodie orale. Les transmissions du minitel étaient stables. Le réseau est intrinsèquement insaisissable. Les paramètres qui lient une personne à une autre sont variables à l'infini - de ce combinatoire entre les plateformes, les systèmes, les programmes, les bandes passantes, les machines, les serveurs. La tension est permanente.